Ça bouillonne : Vanessa Riou commente les travaux des étudiants d’Audencia SciencesCom

Ça bouillonne : Vanessa Riou commente les travaux des étudiants d’Audencia SciencesCom

Home 5 Catégorie: Actu ( Page 2 )

Ils ont imaginé un monde sans vin

Vanessa Riou, experte en viticulture et vinification commente les travaux des étudiants d’Audencia SciencesCom qui ont imaginé un monde sans vin en 2045.

Retrouvez les travaux des étudiants ci-dessous, dans l’article.

« Ces récits traduisent un besoin profond de stabilité, d’authenticité et d’ancrage dans un monde perçu comme de plus en plus mouvant. Le vin y apparaît moins comme une boisson que comme un patrimoine vivant, porteur de liens humains et d’histoires à transmettre.

Mais ce qui m’a le plus interpellée dans cet exercice est sans doute ailleurs. Pourquoi, lorsque l’on demande à cette génération d’imaginer le futur du vin, choisit-elle presque systématiquement la disparition, la raréfaction ou la préservation d’un héritage menacé, plutôt que son renouveau ?

Aucun projet n’imagine véritablement une reconquête. Aucun ne raconte comment le vin (=produit issu de la fermentation du jus de raisin) pourrait retrouver une place dans la société de demain, séduire de nouveaux consommateurs ou inventer de nouveaux usages. Les récits parlent davantage de mémoire, de transmission, de résistance ou de sanctuarisation que de construction collective d’un futur désirable.

Ce choix est révélateur du regard porté par cette génération sur les transformations en cours. Face aux défis climatiques, sociétaux ou technologiques, la question n’est pas « comment inverser la tendance ? », mais « comment vivre avec ses conséquences ? ». Plus que l’espoir, c’est la réinvention qui domine. Plus que la conquête, c’est la préservation.

Autre enseignement marquant : les étudiants semblent avant tout attachés au sens culturel et humain du vin. Avant même le goût ou la consommation, ils évoquent le rituel, la transmission, l’histoire, la famille, l’émotion ou encore la mémoire collective. Comme si, finalement, l’essentiel n’était pas tant le produit que ce qu’il raconte de nous.

Cette réflexion ouvre une question plus large pour la filière. Comment embarquer les jeunes générations dans une vision de construction et d’espoir plutôt que dans des imaginaires de rareté, de disparition ou de musée ? Comment faire du vin non seulement un héritage à préserver, mais aussi un projet collectif à réinventer ?

Car si ces récits montrent une chose, c’est que l’attachement existe toujours. Les étudiants n’abandonnent pas le vin ; ils cherchent à sauver ce qu’il représente. Le défi pour les années à venir sera sans doute de transformer cette nostalgie en envie d’avenir. »

Vanessa Riou, experte en viticulture et vinification.

Les travaux des étudiants sont accessibles en cliquant sur les titres.

Vin de figue – Podcast (8’07 min)

La grande Brûlure de l’été 2035, cet événement climatique dramatique a éliminé toute possibilité de cultiver la vigne. Une plante s’est mise à prospérer, le figuier de barbarie. La France n’a pas renoncé. Elle réinventé son rituel, parce que ce n’est pas le fruit qui fait le lien. En 2045, Ecoutons, une figuicultrice, un ancien viticulteur et une nostalgique du vin de raisin.

Ce projet pose une question fondamentale : qu’est-ce qui fait réellement le vin ? Est-ce le raisin ou ce qu’il représente ?

Dans ce scénario, ce n’est pas l’élaboration du vin de raisin qui est réinventée, mais la ritualisation qui l’entoure. Les étudiants ne cherchent pas à reproduire la vigne ou ses pratiques culturales ; ils imaginent une nouvelle matière première capable de perpétuer un usage social, culturel et symbolique.

Le choix du figuier de barbarie est particulièrement pertinent et original. Peu présent dans les réflexions actuelles sur les cultures de substitution, il permet d’interroger la notion même de vin. Un vin peut-il encore être considéré comme tel lorsqu’il n’est plus issu du raisin ?

Ce projet met en lumière une idée forte : « ce n’est pas le fruit qui fait le lien, mais les humains autour de la table ». Le produit devient secondaire face à sa fonction sociale. Le vin apparaît alors avant tout comme un vecteur de partage, de transmission et de convivialité.

Auréa – Podcast (11’53 min) 

Ecoutons l’histoire d’Auréa, une ville suspendue au flan des montagnes. La première ville nuage crée dans les années 30, suite au réchauffement brutal de la fin des années 20. On a réinventé un mode de vie et de nouvelles cultures. La vigne a survécu, mais le vin cristallise désormais un débat entre anciens et nouveaux : le vin tradition pour les uns, la vigne comme un terrain de jeu pour les autres. 

Les élus – Podcast (6’31 min)

2045, la vigne a disparu sur terre. Mais un reclus sur un îlot céleste a réussi à conserver la culture et à produire le précieux liquide. Pour la première fois il accepte de recevoir quatre visiteurs, ultimes privilégiés que tout oppose. C’est tout un pan d’histoire qui s’apprête à refaire surface.

Dans ce scénario, la vigne a disparu de la Terre mais survit sur un îlot céleste. Le vin n’est plus un produit : il est devenu une légende.

Le récit repose sur des notions fortes de mémoire et de transmission. Le vin représente un « pan d’histoire liquide » qui permet à une génération de redécouvrir un monde disparu. Les visiteurs ne viennent pas seulement goûter un produit rare ; ils viennent retrouver une partie de leur histoire collective.

L’un des aspects les plus intéressants réside dans la tension entre modernité et enracinement. Alors même que la culture est devenue hors-sol, le vin reste associé à l’âme d’une terre, à un héritage et à une forme de sauvagerie positive, opposée à un monde devenu aseptisé.

Ce projet raconte finalement le passage de la simple survie au retour du vivant. Le vin y apparaît comme le symbole d’une humanité qui refuse d’oublier ses racines.

Les Maisons du Vin – PDF

La production de vin a quasiment disparu de la surface du globe. Le vin n’est plus commercialisé. Il ne se déguste plus que dans de 5 lieux au monde. Ces lieux d’exception ne se visitent qu’au terme du voyage d’une vie. L’expérience ultime.

En 2045, le vin n’est plus un produit de consommation courante. Il ne subsiste que dans cinq Maisons du Vin réparties dans le monde, véritables lieux de pèlerinage pour les amateurs.

Ce scénario est particulièrement intéressant car il réhabilite des notions que l’on dit souvent éloignées des nouvelles générations : le terroir, l’histoire, l’appartenance, la famille ou encore la transmission.

Alors que l’on entend régulièrement que la complexité du vin constituerait un frein à son attractivité, les étudiants choisissent au contraire d’en faire une richesse. Le vin n’est plus seulement dégusté ; il devient une expérience immersive, un voyage, une rencontre avec un territoire et une histoire.

La rareté est poussée à son extrême : une bouteille devient l’aboutissement d’un long travail agricole et humain. Le vin cesse d’être un produit de masse pour redevenir un bien précieux, profondément lié au sol et à ceux qui le cultivent.

Ce projet dessine ainsi une société qui a abandonné la surconsommation au profit de la recherche de sens, d’authenticité et d’excellence.

Commentaires de Vanessa Riou

Édito Vibrations 11 : Imaginaires de consommation : Si nos récits changeaient tout ?

Édito Vibrations 11 : Imaginaires de consommation : Si nos récits changeaient tout ?

Home 5 Catégorie: Actu ( Page 2 )

Oser imaginer, encore

Vibrations Slider NL6

Inflation, crises climatiques, guerres, fatigue informationnelle. Le monde vacille sur plusieurs fronts à la fois, et avec lui, notre capacité à nous projeter, à rêver un avenir qui ne soit ni anxiogène ni artificiel.

C’est là le point de départ de notre réflexion pour cette édition. Non pas pour distribuer des leçons, mais pour poser une question sincère, qui nous concerne tous, communicants : est-il encore possible d’imaginer ?  Pourquoi est-ce si important, qui en est responsable, et quels récits méritons-nous vraiment de cultiver ?

Car les imaginaires sont de puissantes forces agissantes. Ils orientent les comportements bien plus sûrement que les données ou les injonctions. Comme nous le rappelle Catherine Ramain, experte en communication à impact et prospective créative, les imaginaires sont performatifs : à force d’être diffusés, ils tendent à devenir réels. Dans la continuité de notre édition précédente sur le paradoxe du consommateur, nous faisons le constat que ce qui manque souvent à l’action n’est pas la volonté, mais un récit capable de rendre le changement désirable.

Dans cette édition vous rencontrerez aussi Mathieu Baudin, directeur de l’Institut des Futurs souhaitables, qui nous invite à ne pas confondre urgence et précipitation. Florence Touzé a proposé un exercice inédit aux étudiants d’Audencia SciencesCom : imaginer des instants de consommation de vin et de ses alternatives en 2045, positivement, sans esquiver les ruptures que l’on pressent aujourd’hui. Grâce à l’éclairage de Vanessa Riou et Eva Robineau Martin, expertes RSE et communication du monde viticole, cet exercice ancré dans le réel a donné naissance à dix récits étonnants, décalés, que nous partagerons dans les prochaines semaines.

Cette édition est aussi une belle histoire de tribu. Plusieurs regards l’ont nourrie et enrichie, et Caroline Bontemps a une nouvelle fois illustré la thématique à sa manière singulière. C’est ce que nous aimons dans l’aventure Vibrations : la pensée se construit mieux à plusieurs. Merci à toutes celles et ceux qui ont joué le jeu !

Bonne lecture et bonne exploration,
Véronique Spaletta et Caroline Chadal

 

On vous a transmis cette news ? Pour vous abonner gratuitement à Vibrations communicantes, c’est par

 

Véronique Spaletta et Caroline Chadal, directrices associées de l’agence Communicante

Ça bouillonne : Hermine Chombart de Lauwe, déléguée générale du CNRA

Ça bouillonne : Hermine Chombart de Lauwe, déléguée générale du CNRA

Home 5 Catégorie: Actu ( Page 2 )

Rendre visible la globalité de la chaîne alimentaire : Entretien avec Hermine Chombart de Lauwe

Nouvelles méthodes d'écoute Vibrations communicantes

© Hermine Chombart de Lauwe, déléguée générale du CNRA

On parle beaucoup du « paradoxe du consommateur » : des citoyens toujours plus conscients des enjeux environnementaux et sociaux, mais dont les comportements d’achat ne suivent pas toujours leurs convictions. Pour Hermine Chombart de Lauwe, déléguée générale du CNRA (Conseil National pour la Résilience Alimentaire), une part importante de ce paradoxe réside dans la méconnaissance de la chaîne alimentaire.

« Le point essentiel, c’est le choix éclairé » , rappelle Hermine. « Si vous connaissez les enjeux et les acteurs de la chaîne, vous pouvez choisir en pleine conscience. »

Or, aujourd’hui, le système alimentaire s’est fragmenté au point d’en devenir invisible.
« Il faut recréer du lien entre producteurs, transformateurs, distributeurs et consommateurs. L’étiquetage est utile, mais il ne suffit pas. Il faut simplifier, expliquer le rôle des différents acteurs, du producteur au grossiste, du transformateur au distributeur. Aujourd’hui, la plupart des gens ne savent même pas ce que fait vraiment un grossiste. »

Autre phénomène, la transparence sur l’origine des aliments est largement incomplète : « Entre le produit brut et l’assiette, il y a tout un monde que le consommateur ne voit pas. » Cette opacité concerne notamment les produits transformés. « Notre alimentation dépend énormément des importations, donc aussi des émissions de gaz à effet de serre qu’elles impliquent. On ne sait pas quelle part de matière première vient de France, ni ce qui est importé. On produit beaucoup de blé, mais on importe les 3/4 de nos pâtes. Même chose pour la sauce tomate, fabriquée en Italie avec des tomates françaises, puis réimportée en France. »

Rendre visible les liens entre les maillons de la chaîne

L’enjeu n’est pas seulement d’ouvrir les données, mais de rendre la chaîne lisible et intelligible. « La clé, c’est la transparence, mais une transparence utile : simplifiée, incarnée, qui explique qui fait quoi et pourquoi. C’est à cette condition qu’on pourra redonner confiance aux citoyens et rendre la chaîne alimentaire réellement visible. »

Concrètement, cette transparence suppose d’agir sur plusieurs plans :

  • Les données, avec un meilleur accès à une information fiable et vérifiée,
  • La pédagogie, pour aider à comprendre qui fait quoi dans la chaîne,
  • La gouvernance, pour assurer un contrôle réel des labels et des allégations.

Les circuits courts jouent ici un rôle clé : « Ils permettent de comprendre qu’entre la ferme et l’assiette, il y a souvent beaucoup d’intermédiaires – notamment industriels – que l’on connaît mal. »

La connaissance, levier de transformation… mais pas une baguette magique

Une meilleure compréhension de la chaîne alimentaire peut-elle vraiment transformer les comportements d’achat ?
« Pas automatiquement », reconnaît Hermine. « Regardez la campagne “Mangez cinq fruits et légumes par jour” : cela fait vingt ans qu’elle existe, et pourtant les habitudes changent peu. Les injonctions ne suffisent pas. »

La demande des consommateurs évolue, mais l’offre n’est pas encore à la hauteur. « Il faut arrêter de culpabiliser les citoyens sans leur donner les outils pour comprendre et agir. »  Mais ce changement ne peut reposer sur un seul acteur. « Les pouvoirs publics doivent jouer leur rôle de régulation et de cadrage. Les consommateurs ont une part de responsabilité individuelle. Les associations et les acteurs économiques s’emparent de plus en plus du sujet. C’est un travail collectif : chaque maillon doit avancer, car le système ne fonctionne que si tous s’impliquent. »

A propos du CNRA

Le CNRA (Conseil National pour la Résilience Alimentaire) réunit des acteurs qui agissent sur le terrain, qui proposent des solutions innovantes et qui répondent au défi alimentaire des territoires : Rendre disponible et accessible à tous, en toutes périodes, une alimentation saine, qui assure une juste valorisation et répond aux attentes sociétales.

Pour en savoir plus : Conseil National pour la Résilience Alimentaire

Propos recueillis par Khadèja Camara agence Communicante

Ça bouillonne : Lucas Francou Damesin, co-fondateur de Parlons Climat

Ça bouillonne : Lucas Francou Damesin, co-fondateur de Parlons Climat

Home 5 Catégorie: Actu ( Page 2 )

« Les mobilisations agricoles de l’hiver dernier ont changé le regard des consommateurs, pas encore les revenus des producteurs. »

Lucas Francou Damesin, co-fondateur de Parlons Climat, observe les mutations de l’opinion sur le climat et l’agriculture. Nous l’avons interrogé sur l’impact des mobilisations agricoles de l’hiver dernier. Sa conclusion : Une visibilité retrouvée pour les agriculteurs, mais un paradoxe du consommateur qui persiste.

Les mobilisations agricoles de l’hiver dernier ont marqué les esprits. Ont-elles changé la donne ?

Oui, les mobilisations ont eu un effet. D’abord parce qu’elles ont remis l’agriculture au centre du débat public. On a assisté à un vrai retour de visibilité des agriculteurs, sous l’angle du revenu et non d’un rejet de l’écologie.

Ensuite, il y a eu une réaction côté consommateurs : 70 % des Français déclarent avoir changé certaines habitudes après les manifestations, notamment en regardant davantage l’origine des produits.

Mais ce mouvement se heurte vite à la réalité : l’inflation alimentaire n’a pas disparu, et les arbitrages restent violents. On peut dire qu’on a observé une prise de conscience, mais elle reste fragile parce que la question centrale est toujours là : comment mieux rémunérer les agriculteurs quand les budgets sont contraints ?

L’écart entre ce que les citoyens disent vouloir faire et ce qu’ils font réellement reste important. Comment l’expliquer ?

On entend souvent : « Les gens disent une chose et en font une autre. » En fait, ce n’est pas un problème de sincérité : c’est un problème d’environnement. La norme du « manger mieux » existe déjà. Les gens savent ce qu’ils devraient faire. Le vrai sujet, c’est : peut-on réellement le faire ?

Trois facteurs clés empêchent le passage à l’acte. Les contraintes économiques : les prix, les promotions, les marges des distributeurs et l’inflation pèsent lourd. Les freins infrastructurels : comment acheter au producteur quand on vit en ville ? La taille du rayon bio, l’accès aux circuits courts restent limités. Et les influences culturelles : la publicité et les séries font la promotion des produits plaisir.

Autrement dit : tant que le système n’aide pas les consommateurs à faire le bon choix, le volontarisme individuel ne suffira pas. L’IDDRI, dans ses travaux sur l’environnement alimentaire, soutient qu’il faut en finir avec l’idée que le consommateur est seul responsable pour se donner les moyens d’agir.

Est-ce que ces injonctions contradictoires créent de la méfiance vis-à-vis des acteurs de l’alimentation  ?

Le sentiment de méfiance est immense. Même quand les gens veulent soutenir les producteurs, ils se demandent où va vraiment l’argent. Quand une marque annonce qu’elle rémunère mieux les agriculteurs, les mangeurs n’y croient pas beaucoup.

Ce qu’ils demandent en premier, c’est plus de transparence sur les marges.

Aujourd’hui, l’acte le plus clair pour eux est d’acheter en direct ou au marché. Leur motivation principale est de mieux rémunérer les producteurs, avant même le sujet d’écologie. C’est une tendance lourde : le local est devenu un refuge de confiance. Il porte trois promesses dans l’esprit collectif : une plus juste rémunération des producteurs, des produits meilleurs pour la santé, et des méthodes de production qui respectent l’environnement.

Finalement, les Français sont prêts… mais le système ne suit pas ?

Exactement. La transition alimentaire est socialement acceptée. Ce n’est plus un tabou de dire qu’on va manger moins de viande ou plus local.

La question n’est plus la volonté des gens. C’est « comment on rend le meilleur choix possible ? ».

On peut s’interroger sur le rôle des distributeurs qui ont aujourd’hui les moyens de fabriquer la demande. Ce changement de comportement global ne se fera pas seulement par la pédagogie ou la morale. Il se fera par des environnements plus justes : prix, offre, transparence, culture.

A propos de Parlons Climat

Fondée en 2022, Parlons Climat est une association qui éclaire les stratégies des acteurs de la transition en croisant études quantitatives, recherches qualitatives et sciences sociales. Son objectif : comprendre comment les citoyens, au-delà des cercles engagés, perçoivent réellement les enjeux climatiques et agricoles. L’association travaille avec la société civile organisée, les médias et les entreprises pour sortir du entre-soi et ancrer la transition dans les réalités du terrain.

On frissonne – Cindy Lombart et la nouvelle chaire « Analyse des comportements des consommateurs »

On frissonne – Cindy Lombart et la nouvelle chaire « Analyse des comportements des consommateurs »

Home 5 Catégorie: Actu ( Page 2 )

« Le consommateur c’est comme la météo » : Audencia éclaire les comportements alimentaires des consommateurs à travers une nouvelle chaire dédiée.

Stravito Vibrations communicantes

©La Nouvelle Agriculture, signature Audencia x Terrena avec Delphine Selosse, Thierry Villelegier, Vincent Monfort, Thibaut Bardon, Cindy Lombart et Gaelle Delevalle

Cindy Lombart, chercheuse en comportements des consommateurs aux points de vente, dirige la chaire « Analyse des comportements des consommateurs » aux côtés d’Olga Untilov et Florence Charton-Vachet, créée par Audencia en partenariat avec Terrena et Sodebo. Ce partenariat nous éclaire sur les comportements mouvants des consommateurs quand il s’agit de choix alimentaires. Une prise de hauteur nécessaire pour mieux comprendre ce qu’il se cache derrière le paradoxe des consommateurs.

 

Une chaire pour comprendre les mutations alimentaires

En 2024, les trois chercheuses ont pris la tête de la première chaire française dédiée à l‘analyse des comportements des consommateurs dans le secteur alimentaire. Audencia, grande école de management nantaise, a développé cette chaire en partenariat avec Terrena et Sodebo.
La création de cette chaire a pour but d’analyser et de comprendre les défis auxquels les entreprises font face aujourd’hui : des consommateurs volatils, aux attentes contradictoires et de plus en plus difficiles à cerner.

« Le consommateur à l’heure actuelle, c’est comme la météo : il est changeant, il faut identifier les signaux faibles et les zones de turbulence », résume Cindy Lombart

L’objectif de cette chaire est double :

  • Comprendre les logiques de choix des consommateurs en analysant ce qui motive réellement leurs décisions d’achat.
  • Intégrer les dynamiques de consommation pour anticiper les évolutions et aider les entreprises à s’adapter.

Comme le souligne la chercheuse, « Les consommateurs veulent que les entreprises les aident à être plus responsables tout en tenant compte de la contrainte du prix ». Un équilibre délicat à trouver.

 

Le consommateur, un être sous tension

Lestravaux de recherche de la chaire ont pour objectif d’explorer en profondeur cette réalité frappante : le consommateur moderne est absorbé dans une triple tension structurelle. Entre pouvoir d’achat et exigences de durabilité, confort de consommation et recherche de naturalité et confiance dans les marques et désir de transparence.

Pour preuve, 62 % [i]des consommateurs français admettent avoir des comportements incohérents et considèrent ce paradoxe comme à la fois humain et acceptable. Ils veulent consommer local et durable, tout en privilégiant des produits rapides et faciles à préparer. Mais la réalité du pouvoir d’achat vient souvent contrecarrer ces aspirations.

Les critères de choix restent classiques et le prix arrive en première position, suivi du goût, puis de l’impact sur la santé. Le local s’impose également. Pourtant, ces dynamiques ne sont pas linéaires. L’exemple du bio est révélateur : après un fort engouement, la consommation a connu un reflux important face aux contraintes économiques. Cet exemple démontre un consommateur « fragmenté et évolutif » selon la chercheuse.

Le numérique, nouveau prescripteur des choix alimentaires

« Le digital est incontournable à l’heure actuelle quand on parle d’alimentation, surtout chez les nouvelles générations », affirme Cindy Lombart. Les réseaux sociaux sont devenus des leviers puissants, même quand on parle d’alimentation. On pourrait citer les framboises enrobées de chocolat Franui ou encore le fameux chocolat de Dubaï pour illustrer ce phénomène.

La GenZ construit, malgré elle, une nouvelle dimension à ce paradoxe par son utilisation du numérique dans ses choix de consommation.
Cette génération a très souvent recours à des outils d’intelligence artificielle tel que ChatGPT, dans lesquels elle place une grande confiance, pour imaginer des recettes ou choisir entre tel et tel produit. Pour autant, elle demande aussi beaucoup de transparence de la part des industriels sur ce qu’ils mettent sur le marché.
Paradoxe intéressant lorsqu’on sait que les intelligences artificielles ne sont pas toujours fiables et qu’elles ont parfois tendance à communiquer de fausses informations.

 

Déclaratif vs réalité : un écart révélateur

« La différence entre le déclaratif et la réalité des meilleures sorties produits est intéressante », note Cindy Lombart. Dans leurs déclarations, les Français affirment vouloir cuisiner des plats maison, réduire leur consommation d’aliments transformés et limiter les produits sucrés. Mais les meilleurs lancements produits 2024 ? La glace Nutella, les produits Kinder, les glaces Magnum… Des produits plaisir, transformés et sucrés, qui ont tendance à contredire les intentions affichées.

Cette dissonance s’explique, en plus des facteurs économiques, en partie par des inégalités structurelles. Le capital culturel apparaît comme une clé de compréhension essentielle : tout le monde ne sait pas lire une étiquette alimentaire, analyser un nutriscore ou réaliser une recette.

 

Un consommateur aux multiples visages 

« Le consommateur est pluriel et le côté générationnel est un marqueur de plus en plus fort », souligne Cindy Lombart.
Cette fragmentation s’observe particulièrement entre les générations, qui n’ont pas les mêmes paradoxes ni les mêmes enjeux.
La Gen Z se montre de plus en plus exigeante : « Le consommateur [jeune] est de plus en plus vite déçu, et une fois qu’il est déçu, ça va être compliqué de retourner le chercher », prévient la chercheuse.

Les comportements alimentaires résultent d’une combinaison complexe de facteurs : individuels, contextuels, structurels et culturels. Il est en ce sens important de noter que tout ne vient pas de l’individu lui-même mais qu’il subit les influences de tout ce qui l’entoure.

 

La chaire Analyse des comportements des consommateurs, une boussole dans notre secteur

Pour les communicants de l’agriculture et de l’alimentation, les travaux de cette chaire peuvent être une boussole. Ils invitent à comprendre avant de communiquer, à accepter la complexité plutôt que de chercher un consommateur type, et à adapter les récits en parlant vrai. Car au fond, le consommateur est « un être sous tension » qu’il faut savoir lire, en identifiant les signaux faibles et les zones de turbulence. Exactement comme la météo.

 

 

[i] Selon une étude menée par Accenture – Le Paradoxe Humain, le 21 avril 2022 : https://www.accenture.com/content/dam/accenture/final/a-com-migration/manual/r3/pdf/Accenture-Etude-Le-Paradoxe-Humain.pdf

Ça bouillonne : Philippe Alibert : Comment les entreprises appréhendent-elles le paradoxe du consommateur ?

Ça bouillonne : Philippe Alibert : Comment les entreprises appréhendent-elles le paradoxe du consommateur ?

Home 5 Catégorie: Actu ( Page 2 )

L’importance d’identifier les principaux drivers de choix des consommateurs pour construire sa proposition de valeur en conséquence

Nouvelles méthodes d'écoute Vibrations communicantes

© Philippe Alibert, délégué Valorial pour les Pays de Loire

Philippe Alibert, délégué Valorial pour les Pays de Loire, – Cluster d’innovation pour toutes les filières agri-agroalimentaires du Grand Ouest, a récemment organisé un événement sur le paradoxe du consommateur qui a mobilisé un grand nombre de participants, preuve de l’actualité du sujet pour les entreprises agroalimentaires. Il nous explique comment les entreprises du secteur naviguent dans cette complexité croissante.

Pourquoi avoir choisi ce thème du paradoxe du consommateur pour votre événement ?

La connaissance et la compréhension du consommateur est fondamentale quand on veut innover. Or le sujet prend plus d’importance aujourd’hui car nous sommes passés d’un consommateur unique à un consommateur pluriel, volatil et évolutif.
Les consommateurs se fragmentent et leurs paramètres de choix se multiplient : aux critères historiques que sont le goût, la santé, la praticité et le prix pour les produits alimentaires, s’ajoutent désormais des éléments sociaux, sociétaux et environnementaux qui vont à la fois complexifier les choix du consommateur et l’analyse de leurs comportements.

Quelles difficultés les entreprises agroalimentaires rencontrent-elles face à ce consommateur pluriel ?

Les entreprises peinent à cerner ce que veut réellement le consommateur. En quelque sorte le consommateur développe une forme de schizophrénie : par exemple l’importance qu’il affiche dans ses déclarations pour le local, le bio, l’environnement ou les produits santé ne se traduit pas forcément dans ses actes d’achat. Le prix reste souvent déterminant et peut infirmer les volontés affichées.
De même l’hédonisme est un moteur puissant de choix. Les produits plaisir sont souvent préférés au moment de l’acte d’achat, créant ainsi un décalage entre le plébiscite sur certains produits dans le discours et la réalité d’achat. Ce décalage exprime la tension qui existe entre les différents critères intervenants dans nos choix de consommation alimentaire.

Comment les entreprises s’adaptent-elles concrètement ?

Certaines sociétés vont au-delà des études traditionnelles en se rendant directement chez les consommateurs, pour s’immerger dans leur réalité quotidienne. Elles vont dans leur cuisine, les accompagnent pour faire leurs courses, observent et questionnent.  Cette approche pragmatique permet de croiser études et réalité terrain. C’est un outil puissant mais toutes les entreprises n’ont pas ces moyens.

Les grandes structures investissent depuis longtemps dans les études consommateurs et continuent à investir ce champ pour cerner au mieux le comportement des consommateurs. On peut d’ailleurs citer à titre d’exemple, la création toute récente de la Chaire « analyse des comportements des consommateurs », fruit d’un partenariat entre AUDENCIA, SODEBO et TERRENA.*

Les petites entreprises investissement souvent moins pour des questions de moyens, mais la prise de conscience du besoin de se renforcer en marketing est réelle et des mouvements s’opèrent.

* Article Vibrations à lire sur le sujet : En résonnance avec : Cindy Lombart, enseignante chercheuse spécialisée en comportements des consommateurs

Quels sont les défis majeurs identifiés ?

Le défi principal consiste à identifier les principaux drivers de choix des consommateurs et construire sa proposition de valeur en conséquence.

Pour être efficace, la proposition de valeur ne peut pas se limiter à des déclarations de bénéfices mais doit s’appuyer sur des faits et s’incarner. Le rapport bénéfices / coût – contraintes du produit ou du service doit être positif et acceptable économiquement par les consommateurs ciblés.  Pour répondre aux enjeux sociaux, sociétaux et environnementaux, le défi principal consiste à pouvoir garder les valeurs originelles de l’alimentation : le bon, le sain, l’accessible, le pratique tout en intégrant les dimensions sociales, sociétales et environnementales.
L’équation est souvent difficile à résoudre.  Si les bénéfices personnels (« c’est bon pour moi ») passent facilement, les autres comme l’impact environnemental (« c’est bon pour l’environnement ») sont plus difficiles à faire accepter surtout si le prix plus est élevé. Et pour les entreprises, si le développement durable est bien sur leur feuille de route, il faut néanmoins qu’il soit aussi durable économiquement.

Une approche par les co-bénéfices (mise en avant de l’impact environnemental du produit par exemple) peut aider à faire bouger les lignes et aligner bénéfices personnels immédiats avec le bénéfice environnemental.

Quelles bonnes pratiques recommandez-vous ?

D’abord, ne jamais oublier les fondamentaux : un produit alimentaire doit rester bon et irréprochable sur le plan de la sécurité des aliments. L’expérience sensorielle et la santé restent primordiales. Ensuite, il faut bien connaître sa cible et savoir à qui on s’adresse – encore plus crucial aujourd’hui avec la segmentation des consommateurs.
Je recommande aussi de mener un véritable exercice d’analyse de la valeur : quelle proposition j’apporte, à quel prix, comparé à quoi ? Enfin, rester connecté au monde de la science et aux tendances, interroger régulièrement les consommateurs, sans oublier les nouveaux médias et leaders d’opinion qui influencent les jeunes générations.